1991
Installation no. 3 : Icon / o / graphie, du 21 au 25 janvier. Performance no. 3, 21 janvier. "Du 21 au 25 janvier, sous le titre "lcon / o / graphie", Charette nous invitait à réfléchir sur un autre thème, mais sans complaisance aucune cette fois-ci. Sa performance, le soir de l'ouverture, ainsi que son installation avaient comme but de nous faire voir la place terrible que peuvent occuper l'aliénation et la violence. De nouveau, I’artiste devint homme de théâtre et une performance très bien chorégraphiée ouvrit l'exposition. Le cadran doré, encore présent, appela les spectateurs par sa sonnerie et les invita à regarder Charette qui s'activait dans une pièce fermée par une grande pellicule de plastique transparent. Enchaîné à une enclume, tenant un grand couteau de chasse et portant un masque à gaz. Charette se mit à danser frénétiquement sur place, au son d'une musique rock qui devint électronique plus tard. On sentait que quelque chose de terrible se préparait. Tout de noir vêtu encore ce soir-là, répétant le geste du mea culpa qu'on avait vu dans la bande vidéo de la seconde installation, Charette entreprit une marche longue, pénible, un peu agaçante. Par son geste du mea culpa, I'artiste voulait bien faire comprendre qu'encore une fois tout ce qui arrivera sera bien de sa faute, sera sous sa responsabilité, qu'on aime son spectacle ou pas. Le message transmis par cette troisième performance était celui-ci: les humains vivent enchaînés et leur environnement physique et social les oppresse. Cette fois-ci, Charette ne parlait pas des événements heureux de son existence, comme il l'avait fait les deux premières fois. Ancien artiste formaliste devenu artiste philosophe, comme nous l'avons dit, Charette veut maintenant montrer que se trouvent aussi, dans I’univers des hommes et des femmes, la violence et le meurtre. Pour prouver ce point, Charette se mit à percer le beau grand coeur rouge de sa première installation et à saccager les belles grandes roses rouges de sa deuxième installation. À la fin, I’écran qui séparait de lui devint totalement recouvert de peinture noire, isolant l'artiste des spectateurs. Pour se délivrer, celui-ci tailla en pièces ce rideau malfaisant, s'en fit une cape et alla se terrer dans un coin avant de s'échapper comme par miracle de cette situation si oppressante. Cette performance fut très bien réussie. Le message était clair, même s'il n’était pas très agréable à voir et à entendre au son de cette musique infernale. Charette semblait nous dire tout de même qu'on pouvait s'en tirer, qu'on pouvait se débarrasser de certaines chaînes, comme lui l'avait fait ce soir-là et certainement à d'autres moments de sa vie. Cette performance, comme les précédentes, a certainement fait appel à des épisodes autobiographiques car on sentait que l'artiste comprenait bien ce qu'il faisait et savait en plus qu'une issue de secours, quelque surprenante soit-elle, apparaîtrait à un moment donné." (Ghislain Clermont)
Image numérique, impression à jet d'encre sur toile, réalisée d'après la performance no. 3
Module pour l'installation no. 3 "Des photos de l’amérindien Marshall et du fameux Alan Légère encadraient ces mots : Some men stand / Some men fall / Some men do everything they want / Some men don't do anything at all". (Ghislain Clermont) Contexte : Le jeune Micmac Donald Marshall a été au centre d'un des plus célèbres cas de condamnation injustifiée de l'histoire du Canada. Il a été victime d'une grave erreur judiciaire en Nouvelle-Écosse, à commencer par son arrestation en 1971. Injustement condamné pour meurtre à l'âge de 18 ans, il avait purgé 11 années en prison pour un meurtre qu'il n'avait pas commis avant d'être relâché. Une Commission d'enquête a statué que Donald Marshall n’était pas responsable, contrairement à ce que la Cour avait précédemment déclaré. "Donald Marshall fils a été victime de racisme et d’incompétence. Le système judiciaire de la Nouvelle-Écosse a failli sur toute la ligne dans le dossier". C’est ainsi que la journaliste Ginette Lebreton résume les conclusions du rapport de la Commission d’enquête au bulletin de nouvelles Ce soir, Radio-Canada, le 26 janvier 1990. À la même époque, le tueur et agresseur sexuel Allan Legere, condamné à la prison à vie pour meurtre au deuxième degré. Surnommé le « monstre de la Miramichi », il s'était évadé de prison le 3 mai 1989 et était en cavale depuis plus de 7 mois. Attaquant, volant, incendiant des maisons, agressant sexuellement et tuant cinq personnes tout en échappant à la police. La chasse à l’homme qui avait été lancée contre lui a pris fin le 24 novembre 1989.